Le seul qui puisse se targuer de me scotcher jusqu'à la dernière page, c'est Nick Hornby. High Fidelity est un de ces livres que je garde religieusement sur ma table de chevet, au cas où il me prenne une envie irrépressible de le feuilleter, à la recherche d'un passage hilarant ou de quelques lignes parlant de musique, celle que l'auteur de 31 songs sait décrire sans jamais en dire trop. Bref, je ne vais pas vous parler de ce bon vieux Nick aujourd'hui, alors arrêtons là les éloges.
Je disais donc, j'ai beaucoup de mal à finir un bouquin ces temps-ci, pour cause de déformation estudiantine. Mais j'allais dire au revoir à la prépa, et que l'été s'annonçait déjà long et ennuyeux, il était temps pour moi d'aller chercher chez mon libraire un petit roman de rien du tout, un polar comme on en lit des centaines en été, un truc pas prétentieux, pas prise de tête, sans non plus tomber dans le Marc Lévy ou le Guillaume Musso. Faut pas déconner non plus hein. Mon choix s'est donc porté vers un petit livre de poche dont, je dois l'avouer, le principal atout était sa couverture.

La photo était belle quoi. Mystérieuse. Et le titre accrocheur. Dope, vous allez me dire que ce n'est pas ce qu'il y a de plus léger et rafraîchissant pour l'été. Certes. Mais il y a des choses qu'on ne change pas, comme votre attirance littéraire pour un certain univers. Le bouquin en question a quand même traîner un gros mois sur mon bureau avant que je ne finisse par l'ouvrir.
Le premier roman de Sara Gran a être publié en France est une très bonne surprise : la jeune auteure (oui, maintenant, ça se dit) nous fait rentrer en quelques pages dans son univers, celui du New-York du début des années 1950. Mais pas le New-York luxuriant, joyeux et fêtard, non, celui des drogués et des putes. Joséphine, son personnage principal, est une ancienne camée qui n'a pourtant pas choisi de quitter ce milieu si particulier, et qui se retrouve embauchée par un riche avocat pour retrouver sa fille disparue dans les basfonds de la Grosse Pomme.
Certes, le sujet n'a rien de très original. Mais toute la différence se fait dans l'écriture et le développement de l'intrigue et des personnages. On est bien loin de ces auteurs qui nous servent de la psychologie de comptoir durant de longs paragraphes inter-minables. Au contraire, et au vu du sujet traité, Gran fait preuve d'une justesse et d'une simplicité beaucoup plus percutante qu'une longue description inutile. Elle nous décrit ces hommes et ses femmes détruits par la drogue sans s'apitoyer et sans non plus verser dans une apologie calculée. L'ancienne dépendance de l'héroïne plane sur le roman sans être omniprésente, comme une ombre qui parcours l'histoire de tout son long.
Sur l'auteure, on ne trouve pas grand chose sur Internet, mis à part qu'elle est née à Brooklyn en 1971. Seul son site personnel, http://www.saragran.com/ nous apprend quelques petites choses supplémentaires et nous donne un aperçu plus complet de sa bibliographie et de son univers, toujours plus ou moins rattaché à sa ville natale.
En tout cas, Dope n'est pas vraiment à déguster sur un transat en plein soleil si vous compter passer le temps en rigolant un bon coup (pour ça, il y a toujours un bouquin qui traîne au fond de l'étagère au dessus des toilettes). Mais si vous aimez les univers un peu sombres sans en être étouffants, si vous aimez les polars qui ne vous font pas chopper un affreux mal de tête, et surtout si vous aimez l'écriture sobre et juste, alors ouvrez donc ce petit livre, et dégustez. Ça n'a rien d'illégal.





