08/07/2010

DOPE D'ETE

Ayant fait acte de présence dans une classe de prépa littéraire durant la deux dernières années ( j'ai un peu bossé quand même hein... un peu), lire est devenu une sorte d'automatisme. En fait, je ne lis plus : j'étudie. Ce qui est assez perturbant, puisque je ne prends plus plaisir à découvrir une histoire, mais je m'arrête plutôt au style d'écriture, à la longueur des phrases et au nom de l'auteur. Bien malgré moi d'ailleurs. Et pour tout vous dire, j'achète beaucoup de bouquins, mais je les fini très rarement, par manque de temps ou manque d'intérêt.

Le seul qui puisse se targuer de me scotcher jusqu'à la dernière page, c'est Nick Hornby. High Fidelity est un de ces livres que je garde religieusement sur ma table de chevet, au cas où il me prenne une envie irrépressible de le feuilleter, à la recherche d'un passage hilarant ou de quelques lignes parlant de musique, celle que l'auteur de 31 songs sait décrire sans jamais en dire trop. Bref, je ne vais pas vous parler de ce bon vieux Nick aujourd'hui, alors arrêtons là les éloges.

Je disais donc, j'ai beaucoup de mal à finir un bouquin ces temps-ci, pour cause de déformation estudiantine. Mais j'allais dire au revoir à la prépa, et que l'été s'annonçait déjà long et ennuyeux, il était temps pour moi d'aller chercher chez mon libraire un petit roman de rien du tout, un polar comme on en lit des centaines en été, un truc pas prétentieux, pas prise de tête, sans non plus tomber dans le Marc Lévy ou le Guillaume Musso. Faut pas déconner non plus hein. Mon choix s'est donc porté vers un petit livre de poche dont, je dois l'avouer, le principal atout était sa couverture.



La photo était belle quoi. Mystérieuse. Et le titre accrocheur. Dope, vous allez me dire que ce n'est pas ce qu'il y a de plus léger et rafraîchissant pour l'été. Certes. Mais il y a des choses qu'on ne change pas, comme votre attirance littéraire pour un certain univers. Le bouquin en question a quand même traîner un gros mois sur mon bureau avant que je ne finisse par l'ouvrir.

Le premier roman de Sara Gran a être publié en France est une très bonne surprise : la jeune auteure (oui, maintenant, ça se dit) nous fait rentrer en quelques pages dans son univers, celui du New-York du début des années 1950. Mais pas le New-York luxuriant, joyeux et fêtard, non, celui des drogués et des putes. Joséphine, son personnage principal, est une ancienne camée qui n'a pourtant pas choisi de quitter ce milieu si particulier, et qui se retrouve embauchée par un riche avocat pour retrouver sa fille disparue dans les basfonds de la Grosse Pomme.

Certes, le sujet n'a rien de très original. Mais toute la différence se fait dans l'écriture et le développement de l'intrigue et des personnages. On est bien loin de ces auteurs qui nous servent de la psychologie de comptoir durant de longs paragraphes inter-minables. Au contraire, et au vu du sujet traité, Gran fait preuve d'une justesse et d'une simplicité beaucoup plus percutante qu'une longue description inutile. Elle nous décrit ces hommes et ses femmes détruits par la drogue sans s'apitoyer et sans non plus verser dans une apologie calculée. L'ancienne dépendance de l'héroïne plane sur le roman sans être omniprésente, comme une ombre qui parcours l'histoire de tout son long.

Sur l'auteure, on ne trouve pas grand chose sur Internet, mis à part qu'elle est née à Brooklyn en 1971. Seul son site personnel, http://www.saragran.com/ nous apprend quelques petites choses supplémentaires et nous donne un aperçu plus complet de sa bibliographie et de son univers, toujours plus ou moins rattaché à sa ville natale.

En tout cas, Dope n'est pas vraiment à déguster sur un transat en plein soleil si vous compter passer le temps en rigolant un bon coup (pour ça, il y a toujours un bouquin qui traîne au fond de l'étagère au dessus des toilettes). Mais si vous aimez les univers un peu sombres sans en être étouffants, si vous aimez les polars qui ne vous font pas chopper un affreux mal de tête, et surtout si vous aimez l'écriture sobre et juste, alors ouvrez donc ce petit livre, et dégustez. Ça n'a rien d'illégal.

27/06/2010

EN VOITURE SIMONE

Excusez une fois encore la facilité du choix du titre, m'enfin, ce soir, pas envie de chercher une quelconque citation poétique. En effet, je suis là pour vous parler de ces chansons qu'on adore écouter en voiture, fenêtre ouverte, cheveux au vent. Il n'est pas ici question de vous dresser un hit parade objectif et universel des "car's songs" comme on pourrait les appeler, mais simplement de vous donner ma playlist personnelle, histoire de vous faire partager l'ambiance si particulière qui règne dans ma petite voiture durant mes trajets hebdomadaires.

1 - Lemon Tree, Fool's Garden
Si elle n'est pas un monument de la culture indie, la chanson des allemands de Fool's Garden vous a au moins trotté dans la tête toute une journée une fois dans votre vie.


2 - Heretics, Andrew Bird
On pourrait le surnommer "le pâpe de la chanson à écouter en voiture" tellement ses albums sont remplis de ces petites mélodies que l'on aime dans ce genre de situation, aériennes et quasi-oniriques.


3 - Love Like A Sunset II, Phoenix
Là aussi, l'album pourrait être une excellente bande son pour un road trip improvisé. Choisir un morceau ne fut pas une mince affaire, m'enfin.


4 - Let Go, Frou Frou
Étant une fan inconditionnelle de Garden State, le film de Zack Braff, écouter la BO en voiture est un pur plaisir. Surtout le morceau de Frou Frou.


5 - Tornadoes, Garciaphone
Oui, j'avoue, je fais aussi un peu de la pub à cet artiste clermontois de talent, mais cette chanson est parfaite pour quitter l'Auvergne un vendredi soir.


6 - L'anamour, Françoise Hardy
Un peu de chanson française, que diable ! Paroles et mélodie, toutes deux de ce cher Serge Gainsbourg, en font uns de mes morceaux du genre préférés.


7 - 9:00 A.M., Girls in Hawaii
"Quelle putain de chanson" m'a t-on dit un jour à propos de cette chanson du groupe belge. Je ne rajouterai rien d'autre.
Suite à la remarque d'un lecteur (oui, j'en ai !), je tiens à préciser que la présence de Girls In Hawaii dans un article parlant de voiture n'était pas du tout un trait d'humour macabre de ma part.


8 - Les collines (Never Wanna Leave You), Alizée
Alors oui, je vous entends déjà vous moquer de ce choix. Il n'empêche, j'aime assez ce morceau pour le fredonner de temps en temps. Na.


9, Loser, Beck
Ces accords de guitare en intro parlent d'eux-même. Un petit goût d'Amérique profonde dans ma Clio.


10 - Big Jet Plane, Angus & Julia Stone
La première fois que j'ai entendu cette petite merveille pop, c'était dans les allées de mon disquaire clermontois. Elle tourne maintenant en boucle sur mon MP3.

24/06/2010

FUNNY DEATH

En ces temps de déprime nationale post-défaite footballistique, votre blogueuse préférée (qui doit être lue, en tout, par elle-même et quelques pauvres petits geeks perdus au milieu de nul part) veut remettre un peu de baume au cœur à la France entière. Pour cela, il me fallait donc trouver un sujet à la fois léger et dynamisant, un truc qui parle à tout le monde, et qui pourrait rendre le sourire aux déçus du ballon rond. Et quoi de mieux que la mort, hein ? Bon, d'accord, dit comme ça, ça n'a rien de réjouissant. Mais laissez moi donc continuer : la mort, mais vu par les auteurs de deux séries plus ou moins connues, Six Feet Under et Dead Like Me. Les deux parlent de ce sujet de façon décalée, drôle et mordante.





La première est une sorte d'icône intouchable pour les amateurs de séries. Montrant la vie à la fois hors normes et terriblement familière d'une famille de croque-morts de Los Angeles, Six Feet Under est vite devenue culte. Véritable bijou d'humour noir, elle se distingue surtout par sa richesse scénaristique et son ton novateur, à la fois décalé et humain. S'étalant sur 5 saisons, la série n'a été que partiellement diffusée en France : seul Canal+ et France 4 lui sont restés fidèles tout du long, France 2 n'ayant programmé que les 3 premières saisons. Il faut dire que le sujet principal n'est pas des plus faciles à présenter à un large public. Cependant, les Fisher n'ont rien d'une famille Adams version années 2000 : chaque personnage est travaillé, pensé avec une justesse que l'on déplore de ne toujours pas trouver dans nos productions françaises. Six Feet Under parle des questions que se pose l'Amérique d'aujourd'hui : la mort bien entendu, mais aussi la fraternité, l'homosexualité, l'identité face à la société et ses préjugés. Pourtant, ces thèmes sont abordés sans lourdeur, sans le pathos que nous servent bien souvent les studios. Les hallucinations dont sont "victimes" les principaux protagonistes donnent souvent lieu à d'hilarants moments cultes. Et que dire des acteurs, tous excellents, en tête celui que l'on connait désormais sous les traits de Dexter, Michael C. Hall. Rien n'est laissé au hasard : chaque détails vient ancrer plus profondément le monde des Fisher dans une réalité légèrement acide et toujours plus décalé (comment ne pas apprécier la jeune Claire et son corbillard vert ?). L'humour et la modernité qui enrobent le tout fait de la série une référence, comme c'est souvent le cas avec les productions d'HBO, actuellement diffuseur de l'excellent True Blood.



Dead Like Me n'est pas tout aussi parfait, certes. Mais il faut avouer qu'il a du falloir beaucoup de culot aux auteurs pour présenter leur projet à ShowTime. En effet, le côté ultra réaliste de Six Feet Under fait place ici à une plongée dans un fantastique savamment dosé : la série raconte les déboires d'une bande de faucheurs d'âme (oui oui, vous avez bien lu). Eh oui, le monde abriterait ces êtres ni tout à fait morts ni tout à fait vivants, chargés d'accompagner les âmes de défunts vers la lumière, le tout sans reprendre contact avec leur famille ou leurs anciens amis. Seulement voilà : les faucheurs en question ne sont ni payés, ni vraiment attachés aux règles. Et nous découvrons cet étrange entre-deux-monde du point de vue de la jeune Georgia, tout juste décédée (écrasée par les toilettes de la station Mir...) et devenue faucheuse à son tour. Bien moins humaniste que sa consœur de chez HBO, Dead Like Me mise d'avantage sur son potentiel drolatique, et notamment sur les morts, toutes plus burlesques et absurdes les unes que les autres, présentes dans chaque épisode. On ne voit donc pas la mort du point de vu des vivants, mais de celui de ceux qui la provoque. Il suffit de ne regarder que le générique pour comprendre tout le propos des scénaristes. Nos faucheurs sont, bien qu'un peu caricaturaux, tout aussi drôles et en décalages avec leur époque : le drogué cleptomane, le patron pince-sans-rire, la contractuelle hautaine, l'ex starlette de cinéma... Diffusée sur France 4, la série n'a pourtant eu qu'une existence relativement courte, puisqu'elle a été annulée à la fin de la saison 2, et prolongée d'un film peu apprécié du public.

Ces deux séries, chacune à leur façon, nous amène donc à porter un regard différent sur la mort, sans pour autant la tourner en dérision de façon dérangeante ou trop facile. Bien qu'elles soient toutes les deux enterrées depuis un petit moment, allez faire un petit tour au cimetière : c'est souvent bien plus intéressant qu'un match de l'Equipe de la France...

20/06/2010

WHEN THEY'RE STRANGE

Il faut être honnête : lorsque l'on parle des Doors, l'amateur de musique plus ou moins moyen voit s'allumer dans son cerveau deux références ultimes : Jim Morrison, et Light My Fire. Le premier est une icône du rock, appréciée ou non. Le second un tube qui hante notre mémoire collective. Le reste, les autres musiciens (qui ne sont même pas cités dans le résumé de l'article Wikipédia consacré au groupe), les autres titres, les grands trais de l'histoire des Doors sont plutôt méconnus, exceptés des fans transits et des critiques aigris. Ne faisant partie ni des uns, ni des autres, aller voir When You're Strange, film de Tom DiCillo consacré au mythique groupe, s'annonçait comme une plongée dans le quasi inconnu.



Et finalement, le film est à l'image de la musique du groupe : étrange, distordu, parfois sans émotion, parfois prenant. Peut-être parce qu'il ne parle pas que des Doors, mais aussi de l'Amérique, celle de la fin des années 60's, du mouvement hippies et de la contre-culture. Les images d'archives, avec leur goût de nostalgie et leurs couleurs délavées, forment un portrait en kaléidoscope d'un monde qui change, et dont Jim Morrison, Ray Manzarek, Robbie Krieger et John Densmore sont les enfants, les porte-paroles, le miroir. D'un point de vue esthétique, When You're Strange est quasi-parfait, avec un montage à la fois fluide et dynamique. L'atmosphère d'une époque donc. Pourtant, il n'y a aucune originalité dans le côté narratif. Parce que oui, si l'on est face à un documentaire, le film raconte, décrit, et cela par le biais d'une voix off (Johnny Depp, rien que ça) et dans un ordre chronologique sagement respecté. Parfois un peu redondant, ce choix apporte une certaine distance sur le groupe et ses membres. Mais ce qui n'est pas dit est montré. Notamment l'attitude indescriptible de Morrison, à la fois fascinant et repoussant.



On nous montre tout, ou presque : les débuts, les enregistrements parfois laborieux, les légendaires concerts qui tournent à l'émeute, la patience des 3 compères de Morrison face à ses excès. Les images sont bien choisies, peut-être déjà-vues ou inédites (je ne suis pas assez calée pour affirmer l'un ou l'autre). Les longs passages musicaux laissent le spectateur seul face aux mots, face aux instruments, ce qui provoque tour à tour d'étranges sensations ou une froideur totale. Seule question : pourquoi ces plans en introduction ? Pourquoi ce fil rouge, cet homme qui semble airer dans ce paysage désertique ? Pourquoi cette étrange réincarnation de Morrison qui écoute l'annonce de sa propre mort à la radio ? This is strange... Et sans réponse.

Ce qui fait l'intérêt principal du film, c'est l'association de la musique, mais surtout des paroles des chansons des Doors et le contexte dans lequel elles ont vu le jour. Si l'on ne supporte pas les synthés vieillots et les propos métaphysico-alcoolisés, le film ressemblera vaguement à une heure trente de torture auditive. Mais rien ne nous empêche de se boucher les oreilles et d'apprécier la beauté des images. Même si, il faut l'avouer, le défilé de pantalons de cuir a manifestement perdu de son sex-appeal.

Pour finir, un petit morceau des Doors, et pas le légendaire Light My Fire. Parce que "Allez chérie allume ma flamme", ça va cinq minutes hein...


23/05/2010

EVERYBODY LOVED BUFFY

Etre née dans les années 90, c'est avoir vu le jour durant la décennie des boys bands, des Pokémons et des pogs. Mais c'est aussi avoir connu l'âge d'or des séries expérimentales aux scénarios aussi burlesques que kitchs. Mais a contrario des productions TV qui habitent nos écrans aujourd'hui, ces dîtes séries avaient le don et l'extrême intelligence de ne pas se prendre au sérieux. Et au premier rang, on trouve la mythique création de Josh Whedon, Buffy contre les vampires.



Bien avant les phénomènes Twilight et True Blood, les vampires faisaient déjà rêver et frisonner les jeunes filles en fleurs. Que la nana qui n'a jamais fantasmer (en tout bien tout honneur, bien entendu) sur le ténébreux Angel me jette la première pierre. Bref. On avait donc affaire à des suceurs d'hémoglobine, des créatures de la nuit plus moches les unes que les autres, mais surtout une bande de bras cassés emmenées par la fameuse Buffy, tueuse de démons en tout genre. Du fantastique quasi-grotesque, des histoires d'amour dégoulinantes et des musiques qui vieillissent vraiment très mal.

Mais (car oui, il y a toujours un mais) la série se démarque pourtant de ses consœurs de l'époque (Charmed et autres Roswell) par un sens du second degrés plutôt remarquable. Là où les autres programmes se contentaient de concentrer dans un seul personnage l'aspect humoristique de l'histoire, Whedon choisi d'attribuer à chaque protagoniste (oui, j'utilise des mots compliqués, je suis en prépa, j'ai lu Genette... ou pas) un regard cynique et décalé, donnant lieu à des dialogues plutôt chouette, et très bien traités par la VF.

Et puis que dire de l'univers gothico-rock ? Certains personnages, surtout les légendaires Spike et Drusila, brillaient par leur ambiguïté, ce que peinent aujourd'hui à créer certaines séries. Pas de manichéisme poussif, pas de blablas inutiles, pas de scénarios à s'en tordre les méninges. Whedon préférait prendre le temps de construire un univers plutôt que d'alimenter le show de mille et une intrigue encombrantes.

Alors oui, Buffy contre les vampires s'est dégradé au fil des saisons en prenant un tournant plus (trop?) adulte et torturé. Oui, ça sent les prothèses plastiques et les mauvais effets spéciaux à plein nez. Oui, David Boreanaz ne me fait plus le même effet quand je regarde Bones (il faut dire que maintenant, les mecs avec du gel dans les cheveux et des chemises immaculées... bof). Mais quand même. Sarah Michelle Gellar et sa bande gagnent encore à être connus de nos jours. Et ce n'est peut-être pas un hasard si toute une génération (dont je m'exclue volontairement) semble aujourd'hui si fasciné par le monde de la nuit...