20/06/2010

WHEN THEY'RE STRANGE

Il faut être honnête : lorsque l'on parle des Doors, l'amateur de musique plus ou moins moyen voit s'allumer dans son cerveau deux références ultimes : Jim Morrison, et Light My Fire. Le premier est une icône du rock, appréciée ou non. Le second un tube qui hante notre mémoire collective. Le reste, les autres musiciens (qui ne sont même pas cités dans le résumé de l'article Wikipédia consacré au groupe), les autres titres, les grands trais de l'histoire des Doors sont plutôt méconnus, exceptés des fans transits et des critiques aigris. Ne faisant partie ni des uns, ni des autres, aller voir When You're Strange, film de Tom DiCillo consacré au mythique groupe, s'annonçait comme une plongée dans le quasi inconnu.



Et finalement, le film est à l'image de la musique du groupe : étrange, distordu, parfois sans émotion, parfois prenant. Peut-être parce qu'il ne parle pas que des Doors, mais aussi de l'Amérique, celle de la fin des années 60's, du mouvement hippies et de la contre-culture. Les images d'archives, avec leur goût de nostalgie et leurs couleurs délavées, forment un portrait en kaléidoscope d'un monde qui change, et dont Jim Morrison, Ray Manzarek, Robbie Krieger et John Densmore sont les enfants, les porte-paroles, le miroir. D'un point de vue esthétique, When You're Strange est quasi-parfait, avec un montage à la fois fluide et dynamique. L'atmosphère d'une époque donc. Pourtant, il n'y a aucune originalité dans le côté narratif. Parce que oui, si l'on est face à un documentaire, le film raconte, décrit, et cela par le biais d'une voix off (Johnny Depp, rien que ça) et dans un ordre chronologique sagement respecté. Parfois un peu redondant, ce choix apporte une certaine distance sur le groupe et ses membres. Mais ce qui n'est pas dit est montré. Notamment l'attitude indescriptible de Morrison, à la fois fascinant et repoussant.



On nous montre tout, ou presque : les débuts, les enregistrements parfois laborieux, les légendaires concerts qui tournent à l'émeute, la patience des 3 compères de Morrison face à ses excès. Les images sont bien choisies, peut-être déjà-vues ou inédites (je ne suis pas assez calée pour affirmer l'un ou l'autre). Les longs passages musicaux laissent le spectateur seul face aux mots, face aux instruments, ce qui provoque tour à tour d'étranges sensations ou une froideur totale. Seule question : pourquoi ces plans en introduction ? Pourquoi ce fil rouge, cet homme qui semble airer dans ce paysage désertique ? Pourquoi cette étrange réincarnation de Morrison qui écoute l'annonce de sa propre mort à la radio ? This is strange... Et sans réponse.

Ce qui fait l'intérêt principal du film, c'est l'association de la musique, mais surtout des paroles des chansons des Doors et le contexte dans lequel elles ont vu le jour. Si l'on ne supporte pas les synthés vieillots et les propos métaphysico-alcoolisés, le film ressemblera vaguement à une heure trente de torture auditive. Mais rien ne nous empêche de se boucher les oreilles et d'apprécier la beauté des images. Même si, il faut l'avouer, le défilé de pantalons de cuir a manifestement perdu de son sex-appeal.

Pour finir, un petit morceau des Doors, et pas le légendaire Light My Fire. Parce que "Allez chérie allume ma flamme", ça va cinq minutes hein...


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire